Selon la Banque mondiale, près d’un salarié jeune sur deux occupe aujourd’hui au Maroc un emploi sous-qualifié par rapport à sa formation. Un constat qui interroge l’efficacité du système éducatif et la capacité du marché du travail à valoriser les talents du pays.
Le dernier rapport de l’institution financière consacré à la croissance et aux perspectives d'emploi dans le Royaume dresse un tableau contraste. D’un côté, une main-d’œuvre jeune et de mieux en mieux formée. De l’autre, des débouchés professionnels qui ne sont pas à la hauteur des compétences acquises. Résultat : une perte sèche pour l’économie nationale, mais aussi pour les intéressés eux-mêmes, souvent contraints d’accepter des postes bien en deçà de leur potentiel.
Maroc : la surqualification touche une majorité de jeunes actifs
Plus de 43 % des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 34 ans exercent un métier dont le niveau de qualification requis est inférieur à celui de leur formation. C’est l’un des enseignements majeurs du rapport de la Banque mondiale, qui s’appuie sur les données du Haut-Commissariat au Plan. Ce phénomène a progressé de neuf points en sept ans, signe d’une aggravation rapide.

Prenons l’exemple de Yassine, 29 ans, titulaire d’un master en finance obtenu à Casablanca. Après deux ans de recherche, il a fini par accepter un poste de téléconseiller dans un centre d’appels. « Même si je ne mobilise pas mes compétences, c’est mieux que de rester au chômage », confie-t-il. Son cas est loin d’être isolé : il illustre un décalage structurel entre l’offre de formation et la demande des entreprises.
Un taux qui atteint 70 % pour les diplômés de la formation professionnelle
Si les filières universitaires sont concernées, ce constat est encore plus marqué pour les titulaires d’un diplôme de formation professionnelle ou technique. Sept sur dix travaillent dans un emploi ne correspondant pas à leur qualification. Ce paradoxe est d’autant plus préoccupant que ces formations sont précisément conçues pour répondre aux besoins du marché du travail.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- 📉 Un tissu économique dominé par des secteurs à faible intensité technologique (agriculture, BTP, commerce) qui absorbent peu de compétences pointues.
- 🎓 Des programmes de formation parfois inadaptés aux réalités des entreprises, faute de concertation suffisante.
- 🏢 Une prédominance des petites structures, souvent dépourvues de services de ressources humaines capables de valoriser les diplômes.
- 💼 Un accès limité aux secteurs porteurs comme l’industrie de pointe, l’ingénierie ou les services aux entreprises.
Chômage et sous-qualification : deux faces d’une même réalité
La surqualification n’est pas isolée : elle cohabite avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, atteignant 19,3 % chez les 15-24 ans selon les dernières statistiques. Les femmes, dont le taux d’activité n’est que de 19 %, sont doublement pénalisées. La Banque mondiale souligne que ces déséquilibres freinent la croissance inclusive et alimentent les inégalités.
Salaire et reconnaissance : le coût caché de la sous-qualification
Occuper un emploi sous-qualifié a des conséquences directes sur le salaire. À compétences égales, un jeune déclassé perçoit en moyenne 20 à 30 % de moins qu’un collègue occupant un poste correspondant à son niveau d’études. Cette perte de revenus affecte le pouvoir d’achat, mais aussi la capacité à se former tout au long de la vie. Elle nourrit un sentiment de défiance envers le système éducatif.
Vers une meilleure adéquation entre formation et marché du travail
Face à ce constat, la Banque mondiale recommande une refonte approfondie de l’écosystème de l’emploi. Il s’agit d’abord de rapprocher les entreprises et les centres de formation, via des stages obligatoires et des cursus co-construits. Ensuite, il convient de soutenir les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée, comme les énergies renouvelables ou les technologies de l’information.
Le rôle clé de l’orientation professionnelle
Autre levier : l’orientation. Beaucoup de jeunes s’engagent dans des filières sans connaître les débouchés réels. Un accompagnement personnalisé dès le lycée permettrait de mieux guider les choix et d’éviter des désillusions. L’initiative « Open Skills » du ministère marocain de l’Enseignement, qui vise à cartographier les compétences de chaque étudiant, constitue un premier pas dans cette direction.
Le défi est immense, mais accessible à condition de changer de paradigme. La valorisation des talents juvéniles ne passe pas seulement par davantage de diplômes, mais par la création d’emplois qualifiants et mieux rémunérés. Les décisions prises dans les prochaines années par Rabat et ses partenaires seront déterminantes pour inverser une tendance qui freine l’essor du pays.
Emploi des jeunes : les questions qui fâchent
Est-ce que la situation touche seulement les diplômés de l'université ?
Les titulaires d'un diplôme professionnel sont les premiers concernés, avec 70 % dans ce cas.
Peut-on gagner plus en acceptant un emploi sous-qualifié ?
C'est même l'inverse : un jeune déclassé perçoit en moyenne 20 à 30 % de moins qu'un collègue bien placé.
Pourquoi les entreprises n'embauchent-elles pas des jeunes à leur niveau ?
Plusieurs facteurs : trop de petites structures sans service RH, des formations éloignées des besoins réels, et un tissu économique dominé par des secteurs faiblement technologiques.
Y a-t-il une solution concrète pour inverser la tendance ?
Rapprocher les entreprises des centres de formation, rendre les stages obligatoires, et soutenir les filières d'avenir comme les énergies renouvelables.
Une expérience à contre-courant ? Partagez sans complexe
Laisser un commentaire
Benjamin Le Goff, redacteur en chef et fondateur, ancien consultant en strategie RH passe par les grands cabinets internationaux. Specialiste du tissu economique marocain et observateur attentif des transformations sociales qui touchent les cols blancs comme les ouvriers du Royaume, Benjamin publie chaque semaine une enquete, une analyse de fond ou une interview de DRH ou de dirigeant. La ligne editoriale assume sa subjectivite : rigueur factuelle, sources verifiables et zero complaisance commerciale.

Quel gâchis ! Ces jeunes compétences sont comme une bonne graine semée dans le désert : elles ne peuvent pas s’épanouir.
Des CV brillants pour des jobs sans avenir. On gère les compétences comme un bug non prioritaire.
Quel gâchis ! Ces jeunes diplômés sont comme des arbres fruitiers plantés sur un sol stérile.
Trop de matière première gaspillée sur un chantier sans plan d’urbanisme.
43% de surqualification, c’est un gaspillage structurel. Il faut repenser les formations aux réalités du marché, sinon on construit sur du sable.
Merci Benjamin pour ce constat alarmant. Gaspiller tant de talents, c’est construire des fondations fragiles pour l’avenir.
Gâchis de compétences, comme des semences sur un sol aride. Il faut aligner formation et besoins du marché.
Merci Benjamin pour cet éclairage. On dirait un riad aux belles pierres cachées sous du plâtre, dommage.