Oussama Assaber, 30 ans, incarne une trajectoire singulière. Étudiant à Aix, il a traversé cinq semaines de vie sans-papiers provisoire, suspendu entre les lettres du Crous et la menace d’une reconduction à la frontière. Aujourd’hui, ce jeune Marocain devenu bénévole à la Cimade aide d’autres personnes à ne pas sombrer dans les silences administratifs. Son histoire révèle une métamorphose profonde, de l’ombre à lumière, nourrie par la solidarité et le refus de l’indifférence.
Un étudiant d’Aix plongé dans la machine administrative
Arrivé du Maroc il y a cinq ans pour parfaire des études de commerce, Oussama a d’abord obtenu un diplôme en économie à la faculté d’Aix, avant de rejoindre Nancy pour un cursus complémentaire, puis de revenir en Provence pour un MBA à Pigier. Ce parcours exemplaire s’est heurté à une réalité brutale : un titre de séjour en cours de renouvellement, et une décision qui n’arrive pas.
Pendant cinq semaines, il s’est retrouvé sans-papiers provisoire, passible d’une reconduction à la frontière. Son école, l’alternance qui finançait ses études, tout vacillait. Les lettres de relance du Crous s’accumulaient dans sa cité U, les allocations ont été coupées, et l’université s’inquiétait face à un contrat suspendu. Les examens approchaient, mais toute son énergie était happée par ce labyrinthe que Kafka aurait pu inventer, en version numérique.
La plateforme numérique du ministère de l’Intérieur, un accélérateur de retards
La procédure dématérialisée censée fluidifier les régularisations a produit l’effet inverse. Oussama décrit des allers-retours sans fin, des justificatifs relancés, des « dossiers complets » qui restaient bloqués dans un vide virtuel. Ce n’est pas un cas isolé : les associations ont dénoncé à maintes reprises les dysfonctionnements de cette plateforme qui éloigne l’usager d’un interlocuteur humain.
Pour un étudiant étranger qui travaille en parallèle dans la grande distribution ou le ménage, chaque journée perdue dans ces méandres compromet l’avenir. Oussama le dit lui-même : « Cinq semaines, c’est finalement court », mais ces cinq semaines en suspension ont laissé une trace indélébile dans sa conscience de citoyen.
Du contrat suspendu à la solidarité concrète
Le déclic est venu de la double peine : perte du salaire, arrêt du contrat en alternance, angoisse des examens. Pourtant, dans ce chaos, une évidence s’est imposée : d’autres vivent cette épreuve sans repère, sans réseau, sans avocat. Oussama a décidé de transformer son expérience en force.
Devenu bénévole à la Cimade, il accompagne désormais les personnes confrontées aux mêmes procédures. Sa maîtrise du français, son vécu récent et sa connaissance des rouages administratifs font de lui un interlocuteur précieux. Il aide à remplir les dossiers, décrypte les courriers, rassure ceux qui n’osent plus ouvrir leur boîte aux lettres. Un engagement pour la dignité humaine qui dépasse le simple conseil juridique.
Les gestes qui redonnent espoir aux sans-papiers
- 📋 Aide à la constitution des dossiers : vérifier chaque pièce, expliquer les subtilités administratives en français simple
- 🗓️ Suivi personnalisé : relancer les préfectures, garder une trace des dépôts en ligne et des récépissés
- 🤝 Soutien moral : être présent dans les moments de doute, rappeler à chacun sa valeur humaine
- 📢 Action collective : participer aux campagnes de plaidoyer pour une immigration plus respectueuse des droits
Chacune de ces actions représente une brique pour que les parcours ne se brisent pas dans un silence administratif. Oussama voit dans son propre rétablissement une responsabilité : celle de tendre la main à ceux qui restent dans l’ombre.
Un regard neuf sur l’immigration et l’engagement
Cette expérience a changé son rapport au monde. L’étudiant discret d’Aix est devenu un passeur de mots, un intermédiaire éclairé entre l’administration et les personnes en migration. Son engagement volontaire à la Cimade ne remplace pas une politique migratoire juste, mais il incarne une résistance concrète à la déshumanisation.
Alors qu’il poursuit son MBA à Pigier, Oussama envisage son avenir professionnel sans jamais oublier ces semaines où tout pouvait basculer. La régularisation de son titre de séjour a clos un chapitre, mais le combat pour la dignité humaine reste ouvert. Son parcours, de l’ombre à lumière, illustre avec justesse qu’un étudiant peut devenir un acteur de solidarité à part entière.
Son récit résonne comme un appel à ne pas réduire les personnes à leur situation administrative. Oussama ne se définit plus comme un ex-sans-papiers, mais comme un citoyen engagé, conscient que la fragilité de chacun peut devenir la force de tous.

Benjamin Le Goff, redacteur en chef et fondateur, ancien consultant en strategie RH passe par les grands cabinets internationaux. Specialiste du tissu economique marocain et observateur attentif des transformations sociales qui touchent les cols blancs comme les ouvriers du Royaume, Benjamin publie chaque semaine une enquete, une analyse de fond ou une interview de DRH ou de dirigeant. La ligne editoriale assume sa subjectivite : rigueur factuelle, sources verifiables et zero complaisance commerciale.

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