Tunisie 2026 : cinq ans après les mesures exceptionnelles de Saïed, une crise énergétique qui déborde sur la vie quotidienne
Le 25 juillet n’est pas une date neutre en Tunisie. C’est l’anniversaire de la proclamation de la République en 1957, et depuis 2021, c’est aussi un repère politique qui coupe le pays en deux. D’un côté, celles et ceux qui ont vu, ce soir-là, une sortie de l’impasse institutionnelle. De l’autre, ceux qui parlent d’un basculement contre la Constitution et les institutions élues. Cinq ans plus tard, la commémoration se fait avec un bruit de fond plus brutal que des slogans : des coupures d’électricité répétées, une canicule exceptionnelle, et une colère sociale qui remonte vite quand la maison s’éteint.
Les chiffres avancés ces derniers jours donnent le ton. L’Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins a évoqué entre 150 et 200 décès signalés depuis le début des coupures, sur plus d’une semaine, dans un contexte de chaleur extrême et de pénuries d’eau. Les autorités n’ont pas confirmé. Mais le simple fait que cette estimation circule, sans réponse publique claire, nourrit l’angoisse. Dans les premiers jours, au moins cinq décès directement liés à l’absence de courant ont été rapportés dans la presse locale, dont celui d’un patient atteint d’un cancer, après l’arrêt d’équipements médicaux à domicile, comme des appareils à oxygène. Ce type d’histoire marque plus qu’un communiqué : il met un visage sur un problème de réseau.
La STEG, l’entreprise nationale d’électricité et de gaz, a expliqué la situation par un pic de demande. Son directeur général, Faysal Tarifa, a parlé d’une consommation record qui a atteint 6 000 mégawatts un mardi, poussée par l’“utilisation excessive de la climatisation”. Le mot “excessif” peut irriter quand la température est au-dessus des normales de 8 à 14°C selon l’Institut national de la météorologie. Quand un appartement sans isolation chauffe comme une boîte, la clim n’est plus un confort, c’est une stratégie de survie. La compagnie a justifié les délestages comme une mesure préventive pour éviter un effondrement total du réseau, et a demandé aux citoyens de ne faire tourner qu’un seul climatiseur entre 13h et 17h. Sur le papier, c’est rationnel. Dans la vraie vie, c’est souvent intenable.
Pour rendre la crise concrète, un fil rouge aide à comprendre. Prenons Noura, 39 ans, infirmière à l’hôpital et mère de deux enfants, dans un quartier populaire de Tunis. Sur une semaine de coupures, son frigo perd la chaîne du froid. Elle jette des produits, puis réduit les achats, puis calcule au jour le jour. Le soir, devoir choisir entre charger le téléphone, faire tourner un ventilateur ou pomper un peu d’eau devient une scène répétée. À l’hôpital, les groupes électrogènes assurent l’essentiel, mais la tension est permanente : le moindre basculement crée un stress opérationnel. Que se passe-t-il quand des dizaines de domiciles, eux, n’ont aucun secours électrique ? La crise énergétique n’est pas seulement un sujet technique, c’est un multiplicateur de risques 🧯.
Cette séquence a aussi un poids symbolique. Le président Kaïs Saïed a fini par sortir de son silence public un samedi, reconnaissant l’existence de la crise et qualifiant le rythme des coupures d’“anormal”. Il a ajouté que des responsables devaient “assumer leurs responsabilités”, sans annoncer de mesures concrètes. Ce type de phrase crée une attente immédiate : qui décide, qui répare, qui finance, et dans quel délai ? Tant que ces réponses restent floues, le terrain se remplit d’interprétations, de rumeurs et de soupçons. Et quand l’électricité manque, le pays perd aussi un peu de confiance ⚡.
Mesures exceptionnelles de Saïed : centralisation du pouvoir et effets sur la gestion de la crise énergétique
- 25 juillet 2021
Saïed décrète l'état d'exception, gèle le Parlement et prend le contrôle de l'exécutif.
- 2021-2024
Centralisation du pouvoir, gestion contestée. Les réformes économiques tardent, le réseau électrique vieillit.
- Été 2025
Premières coupures importantes liées à la canicule. La STEG invoque le pic de demande.
- Juillet 2026
Crise aiguë : 150 à 200 décès présumés, coupures quotidiennes, hôpitaux sous tension.
- Samedi suivant
Saïed sort du silence, qualifie la situation d'« anormale » et promet des sanctions, sans plan concret.
Le tournant du 25 juillet 2021 est connu : Kaïs Saïed a invoqué l’article 80 de la Constitution de 2014 et annoncé des décisions extraordinaires. Le Parlement a été gelé pour 30 jours, l’immunité des députés levée, le chef du gouvernement Hichem Mechichi limogé. Le président a pris le contrôle de l’exécutif et a ensuite gouverné avec un cabinet nommé. Même le ministère public a été placé sous supervision directe. Ces gestes ont été vendus comme une réponse à un État bloqué, incapable de décider, miné par les conflits. Beaucoup de Tunisiens, épuisés par les querelles, ont voulu y croire.
La mécanique institutionnelle a ensuite basculé vite. Entre l’état d’exception et la refonte constitutionnelle, le pouvoir a fonctionné par décrets. Le décret présidentiel n°117, en septembre 2021, a officialisé l’extension des prérogatives exécutives et législatives. Le Parlement a été dissous définitivement en mars 2022. Puis, le 25 juillet 2022, une nouvelle Constitution a instauré un régime présidentiel, avec un rôle parlementaire réduit. Le référendum a été marqué par une participation faible, dans un climat où une partie de l’opposition a boycotté. Aux législatives de fin 2022, la participation est tombée à 9% au premier tour. C’est un signal politique net : même quand l’État décide plus vite, l’adhésion populaire ne suit pas toujours.
Pourquoi ce rappel institutionnel compte-t-il pour l’énergie ? Parce qu’un réseau électrique ne se gère pas seulement avec des ingénieurs. Il faut des arbitrages budgétaires, une stratégie d’investissement, une relation stable avec les bailleurs, et une capacité à faire accepter des décisions impopulaires (tarifs, économies, priorités de service). Dans un système très centralisé, les décisions peuvent aller plus vite. Mais le risque est de créer un goulot d’étranglement : tout remonte au sommet, tout se politise, et l’administration hésite à agir sans feu vert. Une crise technique demande parfois l’inverse : des responsables locaux qui tranchent, des achats rapides, une communication transparente, des retours de terrain pris au sérieux.
Le président insiste sur la justice sociale. Dans un discours à la nation en décembre 2025, il a défendu l’idée que la justice sociale est la condition de la stabilité et d’une création plus forte de richesse et d’emplois. Le message est audible. Le problème, c’est le passage du slogan à la plomberie de l’État. Quand un quartier subit des délestages chaque soir, il ne réclame pas un concept, il réclame une tension stable sur la prise, une eau potable disponible, et des factures compréhensibles. Les grands mots ne refroidissent pas une chambre à 35°C.
Le débat se tend aussi autour des libertés. Dès 2022, le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous et des juges ont été révoqués, ce qui a alimenté les critiques sur l’indépendance judiciaire. À partir de 2023, des procédures ont visé des figures de l’opposition, des journalistes, des activistes. Les autorités répondent que ces affaires concernent la sécurité de l’État et non l’activité politique. Quoi qu’on pense du fond, l’effet est simple : la confiance se fragilise. Et sans confiance, même une bonne mesure énergétique peut être perçue comme une punition ou une manipulation.
Une scène récente résume l’ambiance : des manifestants brandissent des photos de journalistes détenus lors d’un rassemblement à Tunis, et, dans le même temps, des coupures perturbent la vie et les commerces. Pour beaucoup, la question devient : peut-on demander des sacrifices sur la consommation électrique, tout en réduisant l’espace de contestation ? La stabilité ne se décrète pas, elle se construit aussi par la possibilité de critiquer sans peur 🔍. Insight final : plus le pouvoir se concentre, plus chaque panne se transforme en verdict politique.
Crise énergétique en Tunisie : causes techniques, climat extrême et fragilité des infrastructures
La version officielle met en avant la demande record, poussée par la climatisation. C’est une partie du tableau, pas la totalité. Une pointe à 6 000 MW met n’importe quel réseau sous pression, surtout si la maintenance a pris du retard, si certaines unités de production tournent en dessous de leur capacité, ou si le transport et la distribution connaissent des pertes élevées. Quand la chaleur dure, la pointe ne se limite plus à deux heures : elle s’étire, et le réseau n’a plus de respiration.
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a dit suivre avec “grande inquiétude” l’aggravation de la crise de l’électricité et de l’eau sur tout le territoire depuis début juillet. Le lien eau-électricité est direct. Quand l’électricité s’interrompt, les stations de pompage et certains systèmes de traitement se mettent en défaut. Et quand l’eau manque, les ménages s’équipent de pompes individuelles, ce qui augmente encore la consommation électrique dès que le courant revient. C’est un cercle vicieux. Dans les immeubles, on entend les moteurs se déclencher en même temps, ce qui crée des à-coups. Dans les zones rurales, certains agriculteurs reportent l’irrigation aux heures où l’électricité revient, et tout le monde se retrouve en concurrence sur la même plage horaire.
Revenons à Noura. Son voisin tient une petite épicerie. Sans courant, la vitrine réfrigérée ne tient pas. Le commerçant passe à une solution de fortune : glaçons, va-et-vient avec un groupe électrogène partagé, réduction des produits frais. Résultat : moins de choix, prix plus hauts, tension avec les clients. Le vrai coût de la crise n’est pas seulement la panne, c’est la dégradation de la confiance dans la disponibilité des services. Une économie moderne repose sur une promesse simple : l’énergie est là quand on appuie sur l’interrupteur.
La communication de crise compte autant que les transformateurs. Dire “mesure préventive” peut paraître responsable. Mais si les délestages sont imprévisibles, les ménages ne peuvent pas s’organiser. Les écoles d’été, les centres de santé, les entreprises de services, tout devient chaotique. Les familles qui ont un proche sous assistance respiratoire ne peuvent pas “faire tourner un seul climatiseur” comme priorité : elles doivent sécuriser l’appareil médical. À ce stade, chaque quartier se met à comparer : qui est coupé, qui ne l’est pas, et pourquoi ? La suspicion se répand vite, surtout quand les inégalités territoriales sont déjà fortes.
Une approche utile est de distinguer trois niveaux de causes :
- ⚙️ Le choc climatique : températures anormalement élevées, chaleur nocturne, usage prolongé des climatiseurs.
- 🏗️ La robustesse du système : capacité de production disponible, maintenance, pertes sur le réseau, qualité des postes et des lignes.
- 🧑🤝🧑 L’organisation : planification des délestages, coordination avec les hôpitaux, communication, protection des personnes vulnérables.
Sans ce tri, le débat tourne en rond. Accuser uniquement les citoyens de “surconsommer” sonne injuste quand la canicule frappe. Accuser uniquement l’opérateur public évite de parler du climat et des comportements. La vérité, c’est que les trois couches se superposent, et la crise surgit quand elles craquent en même temps.
Le sujet des décès supposément liés aux coupures rend la discussion plus sensible. Même sans validation officielle, l’idée qu’une panne puisse coûter des vies oblige à une réponse de santé publique : cartographie des patients à risque, kits de secours, priorisation des quartiers, numéros d’urgence opérationnels, contrôle des prisons en période de chaleur comme l’a rappelé le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Insight final : une crise énergétique devient une crise humaine dès que le réseau touche les corps, pas seulement les ampoules 🩺.
Pour situer les enjeux, un tableau synthétique aide à relier les faits aux effets observés.
| Élément 🔎 | Donnée / signal 📌 | Impact concret ⚡ |
|---|---|---|
| Pointe de consommation 🧊 | Record annoncé à 6 000 MW | Délestages “préventifs”, risque de surcharge locale |
| Canicule 🌡️ | Températures au-dessus des normales de 8 à 14°C | Usage continu de la clim, fatigue, risques sanitaires |
| Décès rapportés 🩺 | 5 cas médiatisés au début, 150–200 signalés par l’OTJM | Pression sur l’État, demande de transparence, urgence médicale |
| Plage horaire critique ⏰ | Recommandation STEG : 13h–17h | Conflit d’usages à la maison et au travail |
Économie tunisienne et énergie : chômage, inflation et entreprises face aux coupures d’électricité
Quand l’électricité devient instable, l’économie se met à marcher avec une pierre dans la chaussure. Les chiffres sociaux le montrent déjà : le chômage a atteint 15% au premier trimestre 2026, et il frappe fort les jeunes diplômés. L’inflation dépasse 5%, tandis que les salaires suivent mal. Dans ce contexte, une crise énergétique agit comme une taxe invisible : elle renchérit les coûts, réduit la productivité, et accélère l’usure morale. La promesse de “travail, liberté, dignité nationale”, brandie depuis 2011, paraît encore plus lointaine quand l’activité dépend d’un réseau qui lâche.
Le cas des PME est parlant. Une boulangerie qui perd l’électricité perd son four, puis sa production, puis ses clients. Une petite usine textile qui coupe ses machines prend du retard, rate un camion, paie des pénalités. Une société de services qui dépend d’Internet passe en mode dégradé : appels ratés, dossiers non transmis, facturation retardée. Le discours qui demande de limiter la clim entre 13h et 17h se heurte aussi à la réalité du travail : ce sont souvent les heures où les ateliers tournent, où les guichets sont ouverts, où les livraisons se font. La coordination est possible, mais elle suppose une planification claire, pas des pannes surprises.
Un autre point est rarement dit franchement : les coupures accentuent les inégalités. Les foyers aisés achètent des onduleurs, des batteries, parfois des groupes électrogènes. Les plus modestes subissent. Même chose pour les entreprises : les grandes structures ont des plans de continuité, des contrats de maintenance, des solutions hybrides. Les petits commerces encaissent, puis ferment. À la fin, l’économie locale se concentre entre ceux qui peuvent sécuriser l’énergie et les autres. Ce n’est pas seulement injuste, c’est mauvais pour le tissu social.
Les finances publiques compliquent la sortie de crise. Les institutions financières internationales, dont le FMI, rappellent que la hausse de la dette et la croissance limitée réduisent la capacité de l’État à financer l’investissement. Les négociations avec le FMI se sont enlisées longtemps. Les programmes de soutien ont ralenti, et les aides européennes ou américaines sont de plus en plus conditionnées à des critères économiques et politiques. Les autorités, elles, parlent d’autosuffisance et mettent en avant des ressources internes, avec le projet de sociétés communautaires comme pièce maîtresse. Sur le terrain, beaucoup attendent encore des résultats mesurables. L’idée peut être intéressante, mais une crise énergétique demande des investissements lourds et planifiés, pas seulement des structures nouvelles.
Dans les cafés de quartier, la discussion glisse vite vers l’émigration. Les tentatives de traversée irrégulière de la Méditerranée continuent. Quand la lumière manque, l’espoir aussi se met à vaciller. Les chiffres de détresse sociale sont là : 65 suicides et tentatives de suicide recensés sur les six premiers mois de 2025 selon des données disponibles. Ce n’est pas une statistique froide, c’est un thermomètre social. Et un thermomètre social haut, combiné à une canicule et à des pannes, donne un mélange explosif 🔥.
Pour sortir du registre abstrait, voici ce que beaucoup d’entreprises et de ménages font déjà, faute de mieux :
- 🔌 Réorganiser les horaires : production tôt le matin, tâches administratives le soir quand le courant revient.
- 🧊 Adapter les stocks : moins de produits frais, plus de produits secs, rotation plus rapide.
- 🔋 Investir dans l’appoint : onduleurs, petites batteries, partage de groupe électrogène entre voisins.
- 📣 Mutualiser l’info : groupes de messagerie pour signaler les coupures et protéger les personnes fragiles.
Ces tactiques montrent une chose : la société s’adapte. Mais l’adaptation a un coût, et ce coût est supporté par ceux qui ont le moins de marge. Insight final : sans électricité fiable, la reprise économique ressemble à une course avec un sac de sable sur le dos 🏃.
Les images et témoignages relayés dans les médias donnent un aperçu utile de la façon dont les délestages touchent les quartiers, les commerces et les services publics, loin des débats théoriques.
Diplomatie, droits et tensions sociales : comment la crise énergétique renforce la contestation contre Saïed
La crise énergétique ne se déroule pas dans le vide. Elle arrive dans un pays où l’espace politique s’est rétréci depuis 2021, selon de nombreuses organisations de défense des droits humains et des syndicats. Après 2011, la Tunisie était souvent citée comme un exemple régional pour la liberté de la presse et le pluralisme. Aujourd’hui, les alertes se multiplient sur les arrestations de journalistes, d’activistes et de blogueurs. Le décret 54, sur les infractions liées aux systèmes d’information et de communication, est particulièrement contesté : ses opposants estiment qu’il peut servir à poursuivre des journalistes sous couvert de lutte contre la désinformation. Les autorités répondent qu’il s’agit de protéger la sécurité publique. Dans une période de pannes, la bataille de l’info devient plus nerveuse : une rumeur sur une centrale suffit à mettre une ville en tension.
Le volet judiciaire pèse aussi. Des figures connues ont été arrêtées ou condamnées ces dernières années, comme Rached Ghannouchi, Chaïma Issa ou Jawhar Ben Mbarek. Les groupes d’opposition parlent de dossiers politiques, l’État parle de sécurité. Dans la rue, ce débat se mélange avec le prix des produits, le chômage, et maintenant l’électricité. Quand une mère de famille ne peut pas conserver de nourriture, elle n’a pas besoin d’un cours de droit constitutionnel pour ressentir l’injustice. Le vécu quotidien se transforme en jugement global sur le pouvoir.
Sur le plan international, les positions ont évolué. Les critiques initiales des États-Unis, de l’Union européenne et d’ONG après 2021 ont laissé place à un rapprochement à partir de 2023, largement lié à l’intérêt européen pour la coopération contre la migration irrégulière. Un mémorandum d’entente Tunisie-UE a été signé en juillet 2023, couvrant économie, énergie et migration. C’est une pièce importante : l’Europe veut de la stabilité à sa frontière sud, et Tunis veut des financements et des partenariats. Le risque, c’est que ce deal soit vu comme un marché où les droits passent après le contrôle des départs. Dans ce climat, une crise énergétique devient un test : les partenaires étrangers aident-ils à sécuriser le réseau, ou se contentent-ils d’exiger des résultats sur la migration ?
La géopolitique régionale complète le tableau. Les relations avec l’Algérie se sont renforcées, avec une coopération sécuritaire accrue. Les liens avec le Maroc se sont rompus en 2022 après l’accueil par Tunis du chef du Front Polisario lors d’un sommet, et le rappel des ambassadeurs. La Tunisie a aussi développé ses relations avec la Chine et la Russie. Ces mouvements ne sont pas anecdotiques pour l’énergie : ils touchent l’accès au gaz, aux financements, aux contrats d’infrastructure, et aux marges de manœuvre diplomatiques. Dans une crise, chaque partenaire devient une option, et chaque option a un prix.
Les tensions avec plusieurs pays africains après un discours de février 2023 sur un “complot” migratoire ont aussi laissé des traces. L’Union africaine avait condamné des propos jugés discriminatoires, et des rapatriements ont été organisés par certains pays après des agressions contre des migrants. Ce sujet se connecte à l’énergie d’une façon simple : un pays qui se crispe sur le plan social gère moins bien les chocs. Quand la société se divise, la solidarité de crise s’abîme, et les plus vulnérables paient le ticket.
Dans les manifestations, la date du 25 juillet a pris une résonance particulière. Des centaines, puis des milliers de personnes ont défilé à Tunis, sur l’avenue Habib-Bourguiba, avec des revendications sur les libertés et la détérioration des conditions de vie. Les coupures d’électricité et d’eau reviennent comme un refrain. Le pouvoir peut y voir une instrumentalisation. Les opposants y voient une preuve que l’État ne tient plus ses promesses. Le plus probable, c’est que les deux dimensions coexistent : la politique cherche à capter la colère, et la colère trouve dans l’énergie un motif très concret d’expression.
Au fond, la question est simple : comment demander de la patience quand la chaleur est écrasante et que les services se dégradent ? Tant que la réponse reste une formule sans calendrier, la rue gardera la main sur le tempo ⏳. Insight final : une crise énergétique mal gérée ne fragilise pas seulement un réseau, elle fragilise le contrat social.
Les séquences de rassemblements et les interviews de passants montrent à quel point l’électricité est devenue un sujet politique à part entière, au même titre que le chômage ou la justice.
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Pourquoi y a-t-il des coupures d'électricité en Tunisie ?
La STEG les justifie par un pic de demande dû à la canicule, avec une consommation record. Mais le réseau est fragile, et les délestages sont censés éviter un black-out total.
Est-ce que le gouvernement fait quelque chose pour arranger ça ?
Le président Saïed a reconnu la crise et parlé de responsabilités, mais aucune mesure concrète n'a été annoncée pour l'instant.
Combien de personnes sont mortes à cause des coupures ?
L'organisation des jeunes médecins évoque 150 à 200 décès sur une semaine, surtout chez des personnes dépendantes d'appareils médicaux. Les autorités n'ont pas confirmé ce chiffre.
Que peut faire un Tunisien pour se protéger des coupures ?
Pas grand-chose à part limiter l'usage de la clim aux heures critiques et prévoir des batteries de secours. Mais dans les quartiers populaires, c'est souvent mission impossible.
Que feriez-vous à notre place ? Vos idées sont bienvenues
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Benjamin Le Goff, redacteur en chef et fondateur, ancien consultant en strategie RH passe par les grands cabinets internationaux. Specialiste du tissu economique marocain et observateur attentif des transformations sociales qui touchent les cols blancs comme les ouvriers du Royaume, Benjamin publie chaque semaine une enquete, une analyse de fond ou une interview de DRH ou de dirigeant. La ligne editoriale assume sa subjectivite : rigueur factuelle, sources verifiables et zero complaisance commerciale.

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